Période couverte : 1969–2026 Version : septembre 2026
1969–2026 : plus d’un demi-siècle de photographie à Vouvry
Il suffit parfois d’une exposition pour faire naître une aventure qui dure plusieurs générations.
En 1969, une exposition de photographies organisée par la Commission culturelle de la Commune de Vouvry réunit plusieurs passionnés de l’image. De cette rencontre naît l’idée de créer une société permettant aux photographes amateurs de la région de se retrouver, d’échanger leurs connaissances et de pratiquer ensemble.
Plus de cinquante-cinq ans plus tard, les appareils ont changé, les pellicules ont presque disparu, les chambres noires ont laissé une grande place aux écrans et aux logiciels de développement. Mais l’idée qui animait les fondateurs du Photoclub demeure étonnamment actuelle : apprendre, expérimenter, partager et photographier ensemble.
L’histoire du Photoclub de Vouvry est avant tout celle de celles et ceux qui, depuis 1969, lui ont consacré du temps, de l’énergie et beaucoup de passion.
1969 : la naissance du Photoclub
Parmi les photographes à l’origine du club figurent Serge Dougoud, Robert Henzi, René Merminod, Robert Métais, Pierroz et Gilbert Planchamps, tous employés à l’usine de Chavalon, ainsi qu’André Mosimann, alors responsable de l’usine électrique de Vouvry.
L’assemblée générale constitutive se tient le 16 décembre 1969 dans un lieu dont le nom restera associé aux premières années du club : le « Vatican ».
Le Photoclub s’inscrit immédiatement dans la vie culturelle locale. Le président de commune de l’époque, Bernard Dupont, souhaite alors réunir les différentes sociétés locales autour de la Commission culturelle. Si cette organisation commune ne perdure pas, les relations entre la commune, la vie culturelle vouvryenne et le Photoclub resteront fortes au cours des décennies suivantes.
Les bases sont posées : un groupe de passionnés, une volonté de partager des connaissances et le désir de donner une place durable à la photographie à Vouvry.
Trouver sa place : les premières années
Créer un club est une chose. Lui trouver un lieu où développer des films, tirer des photographies et se réunir en est une autre.
Les débuts sont quelque peu mouvementés.
Une vieille cave est d’abord envisagée pour accueillir les activités photographiques. Sa transformation se révélant trop compliquée, le projet est abandonné. Le club s’installe alors au « Vatican », où commencent l’aménagement d’une chambre noire et la construction d’un laboratoire.
Une importante inondation vient malheureusement mettre un terme à cette première installation.
En 1972, la Commune de Vouvry met alors à disposition du Photoclub un local dans les abris de protection civile du centre scolaire. Le club dispose enfin d’un endroit lui permettant de développer plus durablement ses activités.
Une nouvelle étape importante intervient en 1983.
Les locaux jusque-là occupés par l’Association du Vieux Vouvry deviennent disponibles à la suite du déplacement de celle-ci au Château de la Porte du Scex. Après discussion avec sa responsable, Rosa « Tante Rosa » Ducret, le Photoclub peut s’y installer.
Mais les lieux doivent encore être aménagés.
Les membres réalisent eux-mêmes une grande partie des travaux : revêtement des sols, installation de l’eau, réalisation des tables du laboratoire et différents aménagements nécessaires à la pratique photographique. Robert Henzi et Robert Métais comptent parmi ceux qui s’investissent particulièrement dans ces travaux.
Ce local deviendra durablement le cœur du Photoclub.
En 2012, les membres entreprennent une nouvelle rénovation. Le studio est modernisé et rendu plus polyvalent : sol, murs et plafond sont repeints, un rideau de fond est installé et les équipements d’éclairage sont complétés.
D’une cave impossible à aménager à un véritable espace consacré à la photographie, l’évolution des locaux raconte à elle seule une partie de l’histoire du club.
Des générations de membres pour faire vivre le club
Une association ne traverse pas plus d’un demi-siècle uniquement grâce à son matériel ou à ses locaux. Elle le fait surtout grâce à l’engagement de ses membres.
Les premières assemblées générales du Photoclub se tiennent au café de la Violette. Comme dans beaucoup d’associations, constituer un comité complet et trouver des personnes prêtes à prendre des responsabilités ne sont déjà pas toujours choses simples.
Plusieurs présidents se succèdent au cours des premières décennies. René Merminod assume la première présidence du club, puis d’autres membres reprennent progressivement le flambeau. Roland Fontana assure notamment cette fonction à la fin des années 1970.
Un nom reste cependant particulièrement associé à l’histoire du Photoclub : Serge Dougoud.
Présent dès la création de l’association, toujours disponible lorsque le club a besoin de lui, il en devient l’un des principaux piliers et en assure la présidence pendant plus de trente ans, jusqu’en 2006.
À ses côtés, Robert Métais occupe pendant de nombreuses années la fonction de secrétaire et participe lui aussi activement à la continuité du club.
En 2013, leur engagement est officiellement reconnu : Serge Dougoud devient président d’honneur et Robert Métais membre d’honneur.
La présidence est ensuite assurée par Jean-François Corminboeuf de 2007 à 2012, puis José Garcia de 2013 à 2015. Nicolas Aeby reprend la présidence en 2015.
Derrière ces quelques noms se trouvent naturellement de nombreux autres membres, responsables de comité, organisateurs de séances, photographes ou bénévoles qui ont, chacun à leur manière, permis au Photoclub de poursuivre son histoire.
De la chambre noire à l’image numérique
L’histoire du Photoclub est aussi celle d’une formidable transformation technologique.
Durant ses premières décennies, photographier signifie travailler avec un film, développer ses négatifs puis réaliser ses tirages au laboratoire. Le laboratoire constitue donc naturellement l’un des lieux essentiels du club.
La Commission culturelle participe à plusieurs reprises à son équipement. Dans les années 1970, un agrandisseur destiné au noir et blanc vient compléter le matériel disponible. En 1984, le Photoclub acquiert également un second agrandisseur équipé d’une tête couleur ainsi qu’un banc de reproduction.
Le studio évolue lui aussi progressivement avec l’arrivée de matériel destiné au portrait, de rouleaux de fond et d’éclairages spécifiques.
Puis vient la révolution numérique.
À partir des années 2000, les appareils numériques prennent progressivement le relais des appareils argentiques. Le développement chimique est remplacé par le traitement informatique des fichiers, et ce que l’on réalise autrefois sous la lumière particulière du laboratoire se poursuit désormais devant un écran.
Le laboratoire argentique entre alors progressivement en sommeil.
Pour autant, une technique nouvelle n’efface pas nécessairement celle qui la précède. À l’occasion du cinquantième anniversaire du club, l’idée de remettre le laboratoire en fonction réapparaît afin que les membres intéressés puissent découvrir ou redécouvrir la pratique argentique.
Cette évolution résume assez bien l’esprit du Photoclub : adopter les nouveaux outils sans perdre la curiosité pour ceux qui ont façonné l’histoire de la photographie.
Apprendre, pratiquer et partager
Si le matériel a profondément changé depuis 1969, la manière de faire vivre le club a beaucoup moins évolué.
Très tôt, le Photoclub adopte un rythme de rencontres régulières. Pendant longtemps, les membres se réunissent environ deux fois par mois durant les périodes scolaires, soit approximativement dix-huit séances par année.
À celles-ci s’ajoutent des sorties permettant de mettre en pratique les techniques abordées lors des réunions.
Cette manière de fonctionner demeure l’un des fondements du club.
Les sujets évoluent avec les époques et les envies des membres : prise de vue, lumière, composition, portrait, studio, développement, traitement des images, photographie de terrain ou démarches plus créatives.
En 2026, cet esprit reste pleinement présent. Les séances peuvent aussi bien être consacrées au noir et blanc, aux reflets, à la construction d’une série photographique ou prendre la forme d’un rallye photo, où les participants doivent interpréter différents thèmes dans un temps limité.
D’autres rencontres permettent d’aborder la photographie sous un angle plus critique : comprendre pourquoi une image fonctionne, apprendre à mieux utiliser la lumière ou encore tenter de sauver une photographie que l’on pensait ratée.
L’objectif n’est pas de faire de tous les membres des techniciens.
Il est surtout de leur donner des outils pour développer leur regard, expérimenter et prendre davantage de plaisir à photographier.
Vouvry à travers l’objectif
Très tôt, le Photoclub ne se contente pas de photographier pour lui-même.
Ses membres deviennent régulièrement les témoins de la vie de Vouvry et de ses environs.
Au fil des années, ils photographient différentes manifestations officielles ou populaires : Fête-Dieu, Fête nationale, Fête au Village, Tzi-Noël, mais aussi des événements organisés par les associations locales.
Ces photographies avaient à l’origine pour fonction de documenter un événement ou d’en conserver un souvenir.
Avec le temps, elles prennent une autre dimension.
Accumuler plusieurs décennies d’images d’un village, de ses habitants, de ses fêtes et de ses sociétés revient aussi à constituer progressivement une mémoire visuelle locale.
Les photographes du club ont ainsi documenté, parfois sans en avoir pleinement conscience au moment de déclencher, une partie de l’évolution de Vouvry.
Exposer pour partager
Photographier et conserver ses images n’a jamais été suffisant pour les membres du Photoclub.
Très tôt apparaît également l’envie de les montrer.
La première exposition connue du club est organisée en 1972 à la Maison de commune de Vouvry.
Au cours des décennies suivantes, les expositions deviennent un élément régulier de la vie du Photoclub. Différents lieux accueillent les travaux des membres : l’EMS Riond-Vert, le Château de la Porte du Scex, le préau du centre scolaire, l’ancienne Coop ou encore la Salle centrale de Monthey.
Les contacts entretenus par certains membres permettent même au Photoclub de dépasser les frontières régionales et nationales, avec notamment une exposition organisée à Flémalle, en Belgique.
Les anniversaires sont également l’occasion de manifestations particulières. Les 20, 30, 40 et 45 ans du club sont ainsi marqués par différents événements avant le grand rendez-vous de 2019.
Cette tradition d’exposition reste bien vivante.
En 2026, six membres présentent notamment leurs images dans une exposition construite autour du thème des couleurs. Le parcours est organisé en différentes ambiances — rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet — auxquelles vient s’ajouter un espace consacré au noir et blanc.
Au-delà de l’exposition elle-même, ces rendez-vous restent une manière essentielle de partager le travail réalisé au sein du club avec le public.
2019 : le cap des cinquante ans
En 2019, le Photoclub fête officiellement ses cinquante années d’existence.
Un demi-siècle sépare alors les premiers photographes réunis au « Vatican » des membres utilisant désormais appareils numériques, ordinateurs et logiciels de développement.
Le jubilé est l’occasion de regarder en arrière, mais aussi d’ouvrir la photographie à différents publics.
Plusieurs activités sont organisées à l’Espace culturel de Vouvry, avec notamment un atelier consacré à la photographie en studio, une activité destinée aux enfants ainsi qu’un atelier autour de la photographie argentique.
Pour l’occasion, un carnet de fête est également réalisé. Il rassemble différents textes sur le club, son histoire, ses membres et les manifestations du jubilé.
C’est notamment dans ce contexte que Michel Reigner rédige en 2019 son historique des cinquante premières années du Photoclub, document qui constitue aujourd’hui une source précieuse pour retracer cette période.
Les cinquante ans représentent cependant davantage une étape qu’un aboutissement.
Le club poursuit ses activités et entre dans une nouvelle phase de son histoire.
2019–2026 : continuer à évoluer
Les années qui suivent le jubilé voient la photographie poursuivre sa transformation.
Les appareils deviennent toujours plus performants, les logiciels occupent une place croissante dans la réalisation finale d’une image et les photographies sont désormais autant montrées sur des écrans que sur du papier.
Le Photoclub adapte progressivement ses activités à ces nouvelles pratiques tout en conservant ce qui constitue son identité.
Les rencontres régulières et les séances thématiques restent au centre de la vie associative. La technique continue d’y avoir sa place, mais les activités accordent également une importance croissante à la créativité, à l’analyse de l’image et au développement du regard photographique.
Le partage des photographies évolue lui aussi.
En 2026, le Photoclub entreprend une importante modernisation de sa présence numérique avec la création d’un nouveau site internet.
Celui-ci ne constitue plus uniquement une vitrine présentant le club et son programme. Il devient progressivement un prolongement de la vie associative : galeries photographiques, articles consacrés à la photographie, présentation des activités et espace permettant aux membres de proposer de nouvelles idées de séances.
Les photographies réalisées lors des rencontres peuvent ainsi continuer à vivre après la séance et être partagées avec les autres membres comme avec le public.
Le club développe également sa présence sur les réseaux sociaux, avec le même objectif : montrer ce qui se crée au sein du Photoclub et donner envie à d’autres photographes de venir le découvrir.
Ce développement numérique ne change finalement pas la vocation du club.
Il lui offre simplement de nouveaux moyens de faire ce qu’il fait depuis 1969 : partager des images et créer des rencontres autour de la photographie.
Depuis 1969, le même plaisir de photographier
Entre l’appareil argentique des fondateurs du Photoclub et un appareil numérique de 2026, la comparaison semble presque impossible.
La manière de prendre une photographie, de la développer, de la retoucher, de l’imprimer ou de la partager a profondément évolué.
Mais derrière la technologie, les motivations restent remarquablement semblables.
Se retrouver avec d’autres passionnés.
Échanger des connaissances.
Essayer une nouvelle technique.
Sortir photographier.
Regarder les images des autres.
Apprendre à porter un autre regard sur les siennes.
Et transmettre à son tour ce que l’on a appris.
En 2026, le Photoclub de Vouvry célèbre ainsi non pas un anniversaire particulier, mais quelque chose de peut-être plus important encore : cinquante-sept années de vie associative ininterrompue autour de la photographie.
Une histoire commencée en décembre 1969 par quelques photographes amateurs de Vouvry et poursuivie depuis par plusieurs générations de passionnés.
Les outils continueront certainement à changer.
Les images aussi.
Mais tant qu’il y aura des photographes avec l’envie de se retrouver, d’apprendre et de partager leurs images, l’histoire du Photoclub pourra continuer à s’écrire.
Image après image.